3 juin 2014

REPÈRES : Femmes et artisanes, quelle place en Alsace ?

En Alsace, elles représentent 3 artisans sur 10.  Ce sont les "Artisanes" !
Certaines ont le statut de conjointes d'artisan. Un métier à part entière, qui concerne environ un quart des compagnes de chefs d’entreprises alsaciens. Elles sont aussi employées.
Les deux tiers sont coiffeuses, esthéticiennes, vendeuses, ou travaillent dans des entreprises de nettoyage. Dans les secteurs dits masculins, elles sont des pionnières et les seules femmes dans leur équipe.
Elles sont aussi cheffes d'entreprises : elles dirigent près d'une entreprise alsacienne sur cinq. Conjointes, employées ou cheffes, toutes font face à des freins : préjugés, inégalités salariales, équilibre entre vie familiale et professionnelle..
Le jeudi 5 juin prochain se tiendra à l'ENA, à Strasbourg, le colloque Femme(s) et artisane(s), proposant témoignages, débats et tables-rondes sur la place de la femme dans la 1ère entreprise de France, dans notre région.
Des professionnelles de secteurs aussi variés que l'automobile, le chauffage, l'esthétique, l'installation sanitaire, la boucherie-charcuterie, l'électricité, la photographie... viendront partager leur expérience et échanger avec le public sur l'accès à la formation, la reconnaissance, les difficultés et les bonnes pratiques.

AU PROGRAMME DE CE COLLOQUE :

MATINÉE :
›  Accueil-Café, à partir de 9H15
Ouverture de la journée  par Jean-Michel Pecorini, Secrétaire national de la Confédération CFE-CGC, - Bruno Kwast, Vice-président de l’UPA Alsace, et Françoise Hemmendinger, Déléguée Régionale aux droits des femmes et à l’égalité
10H30-12H :  Plénière avec 3 Tables-Rondes animées par Didier Bonnet, journaliste
 

Table-Ronde 1
Le statut de conjoint d’artisan : avantages et limites
La participation de l’époux ou de l’épouse à l’activité de l’entreprise est reconnue par la loi. Le statut de «conjoint d’artisan» ouvre la porte à de nombreux droits : retraite, formation…
Bien qu’il soit légalement tenu de le faire, un conjoint sur cinq choisit pourtant de ne pas se déclarer. Au-delà des questions de statut, pas facile de trouver sa place lorsqu’on est à la fois membre d’une entreprise et compagne du chef. Femme d’artisan, un vrai métier…
Échanges entre Hervé Polisi, sociologue à l’Université de Strasbourg, des conjointes d’artisans,
avec la participation de l’Association des femmes d’artisans (AFACA). Parmi elles :
- Véronique Klingler (automobile),
- Hamida Benetaieb (chauffage, sanitaire),
- Estelle Hattermann (automobile).

Table-Ronde 2
La mixité et la féminisation des métiers : enjeux et solutions
Les jeunes femmes représentent un quart des apprentis. Mais peu ont opté pour des secteurs «masculins»: carrosserie, électricité, bâtiment... Les barrières sont nombreuses : absence d’orientation vers ces fi lières, préjugés, intériorisation de leur prétendu manque d’aptitude. Celles qui ont fait ce choix devront en tous cas s’intégrer dans une équipe quasi exclusivement masculine... Retours d’expériences de quelques précurseuses.
Échanges avec des femmes cheffes d’entreprises, parmi lesquelles :
- Dominique Dannel (esthétique),
- Sylvia Pierson (installation-sanitaire),
- Jacqueline Balzer-Riedinger (boucherie-charcuterie),
avec la participation de :
- Françoise Hemmendinger, Déléguée aux droits des femmes et à l’égalité,
- Virginie Jeltsch, chargée de mission mixité au Rectorat.

Table-Ronde 3
Créer et développer son entreprise : les femmes aussi
Moins d’incitations et de modèles, nécessité de partager son temps entre famille et travail, et pour les cheffes d’entreprise moins de capital fi nancier, les femmes doivent dépasser de nombreux obstacles dans leur vie professionnelle. Rien d’insurmontable. À condition d’exploiter les aides qui leur sont spécifi quement consacrées et de connaître les secrets de la réussite. Ce qui n’est pas toujours le cas : des études montrent que les femmes cheffes passent moins de temps à construire leur réseau que les hommes.
Il faut donc trouver les bonnes pratiques.
Échange avec des salariés et chefs d’entreprises, parmi lesquels :
- Estelle Hattermann (automobile),
- Sophie Guillain (électricité),
- Claire Bollinger (photographie),
- Jacqueline Balzer-Riedinger (boucherie-charcuterie),
- Bruno Kwast (peinture).

› 12H-13H30 :  Cocktail-Déjeunatoire

APRÈS-MIDI :
› De 13H30 à  16H30 :
Échanges en groupes sur les bonnes pratiques, les difficultés, l’accès à la formation et les passerelles, la reconnaissance.
Synthèse de restitution dans l’auditorium et échanges (de 15h à 16h15).

Pour les échanges en groupes, 6 ateliers au choix : merci d’indiquer votre choix !
Atelier 1 : Faire valoir ses compétences, comment faire vis-à-vis du conjoint, des tiers, ou en interne ?
Atelier 2 : Bien articuler vies professionnelle et privée, comment ménager ses temps de vie ?
Atelier 3  : Gérer mon personnel, comment faire avec les différences sociales et culturelles ?
Atelier 4 : Financer mon activité, comment convaincre mon banquier et connaître
les aides pour mon activité ?
Atelier 5 : Parler aussi métier au féminin : comment faire évoluer le vocabulaire et la culture ?
Atelier 6 : Utiliser internet, les réseaux sociaux… innovation et numérique au féminin.


LES INTERVENANTES

Jacqueline Balzer-Riedinger est cheffe d’entreprise dans le secteur de la boucherie (et siège par ailleurs au CESER Alsace pour l’UPA). Sa société, composée d’un laboratoire et de trois points de vente, emploie 30 salariés et 6 apprentis. Elle a constaté beaucoup de réticences à la présence des femmes dans son secteur. Elle a d’ailleurs souvent été prise pour une secrétaire. Mais elle constate des progrès : par exemple la séparation « femmes à la vente/hommes à la production » tend à diminuer, notamment grâce aux innovations qui permettent aux femmes de soulever des charges lourdes.

Hamida Benetaieb est conjointe collaboratrice. L’entreprise de son mari est spécialisée dans l’installation et le dépannage de chauffage et de sanitaires. Elle emploie un apprenti.
Après avoir aidé son époux de manière informelle pendant plusieurs années, elle a quitté son emploi au Conseil général pour travailler dans l’entreprise. Elle a suivi la formation destinée aux conjoints collaborateurs et actuellement suit une formation de direction d’entreprise ; la création d’une activité supplémentaire est même en projet. Elle souligne que travailler en couple peut susciter des tensions et a observé que beaucoup d’époux ne délèguent pas volontiers à leurs femmes, voire écoutent peu leur avis.

Claire Bollinger est directrice d’un studio et d’une boutique de photographie. Elle s’est lancée à 25 ans et emploie désormais 5 salariés. Confrontée au sexisme, elle préfère jouer avec et retourner la situation à son avantage. Quant au fait d’être une femme, elle pense que cela lui donne une sensibilité particulière en tant que
photographe, par exemple pour les portraits d’enfants.

Dominique Dannel est directrice d’un salon d’esthéticienne (et par ailleurs formatrice et présidente d’une corporation). Elle forme deux apprenties. Selon elle, l’image de son métier s’est améliorée. Un métier où la question du genre est inversée : c’est la présence d’un homme dans un monde de femmes qui étonne.
D’ailleurs, elle estime que c’est l’écoute bienveillante d’une autre femme que la très grande majorité de ses clientes recherchent. Pour autant, quelques hommes intègrent le secteur au compte-gouttes, pour certaines tâches, comme le modelage ou la remise en forme.

Sophie Guillain est salariée et associée dans l’entreprise familiale, dans le secteur de l’électricité. La société créée par son père compte 8 salariés et est gérée par son frère. Elle a intégré l’entreprise suite au départ de l’assistante de direction. Venant de l’immobilier et de la gestion de patrimoine, elle était novice en matière de gestion et d’administration. Elle a donc suivi des formations pour acquérir les savoir-faire nécessaires. Pour elle, être « soeur de » ou femme n’a pas été un problème, elle a toujours été associée aux décisions et a trouvé sa place tout naturellement.

Estelle Hattermann est co-gérante avec son mari de deux entreprises, une société de carrosserie et un garage. 8 salariés y travaillent. Elle est titulaire d’une maîtrise en Sciences économiques, spécialité Gestion d’entreprise, et travaillait dans une grande entreprise avant de rejoindre son mari. Elle a refusé le statut de conjoint, qui selon elle manque de clarté et ne lui permet ni de garantir son avenir professionnel, ni de cotiser suffisamment pour s’assurer le moment venu une retraite suffisante. Si elle n’a pas constaté de « sexisme » de la part des banques ou de la clientèle, elle avoue que certains clients, demandent à parler au gérant, sont surpris de voir une gérante.

Véronique Klinger est salariée. Quittant son emploi dans les pompes funèbres, elle a rejoint l’entreprise de son mari, un garage automobile, qui compte 8 salariés.
En charge du secteur commercial, elle n’a pas voulu choisir le statut de conjoint d’artisan, pour conserver son autonomie. Elle ne ressent pas de pression particulière en tant que « femme du patron », si ce n’est celle qu’elle s’impose à elle-même.

Bruno Kwast est directeur d’une entreprise de peinture (et membre de plusieurs instances professionnelles). Il emploie 15 salariés et 4 apprentis. 4 membres de l’équipe sont des femmes - certaines sont là depuis plus de 15 ans. Selon lui, du côté de la clientèle, la présence de femmes intéresse. Du côté des artisans, c’est parfois vu comme une nouvelle concurrence. Ses employées travaillent particulièrement bien. Une ancienne salariée a d’ailleurs créé sa propre entreprise. Une autre est devenue enseignante-formatrice.

Sylvia Pierson est co-gérante d’une société de chauffage et de plomberie B(9 employés). Elle représente par ailleurs l’UPA au CESER d’Alsace.
Elle a repris avec son frère l’entreprise familiale, dans laquelle elle travaillait depuis longtemps. Lui est en charge de la partie technique, elle gère les questions administratives. Elle est cependant devenue à l’aise aussi sur les questions techniques, après avoir suivi les formations adéquates. Selon elle, aujourd’hui, les maîtres d’apprentissage s’intéressent davantage aux CV des des femmes, dont ils disent apprécier l’assiduité, le sérieux et la méticulosité au travail


EN SAVOIR PLUS

REPÈRES : Femmes et artisanes, quelle place en Alsace ?
Il y a 166 000 actifs dans l’artisanat, dont 135 000 salariés. Cela représente 22 % de l’emploi local. L’Alsace compte par ailleurs 5 235 apprentis.
Les femmes représentent 20 % des chefs d’entreprises et 25 % des créateurs/repreneurs d’entreprises (un chiffre en augmentation)

ARTISANES ET FORMATION
Selon une enquête de l’Observatoire de l’emploi et des métiers de l’artisanat d’Alsace, dans les secteurs de la fabrication et des services, 73 % des cadres et 50 % des agents de maîtrise sont des femmes, mais seulement 15 % des techniciens.
Les femmes ont un niveau de formation initiale en moyenne inférieur à celui des hommes :
64,3 % des femmes ont une formation de niveau V -  (11,1 % de niveau III - 24,6 % de niveau IV) contre 78,8 des hommes (15,1 % de niveau III, 6 % de niveau IV).
50,4 % des chefs d’entreprise ont suivi une action de formation au cours de l’année écoulée.
67 % de ces dirigeants sont des femmes.
Ces chiffres doivent toutefois être relativisés car la formation des femmes varie considérablement en fonction du secteur ainsi que de leur rôle souvent plus lié à la gestion qu’au terrain. Ainsi d’après une étude de la CAPEB en 2011 seulement 2 % des stagiaires formés étaient des femmes alors qu’elles représentent 11 % des salariés du BTP.

ARTISANES ET TEMPS DE TRAVAIL
Concernant la durée du travail, 94 % des hommes sont à temps plein, contre 64 % des femmes.
65,7 % des entreprises accordent une flexibilité des horaires à leurs salariés ou une répartition différente du temps de travail sur la semaine
Selon les chefs d’entreprises qui ont accordé un aménagement du temps de travail, 54 % des salariées l’ont fait pour assurer la garde de leur(s) enfant(s), et faire des économies de garde.
52,6 % des salariées sont à temps plein.
30,9 % des salariées sont à temps partiel (dont 20,7 % travail partiel toute la journée mais réparti sur quelques jours précis). 6 % des personnes interrogées ont déclaré travailler aussi le soir et les week-ends.

ARTISANES ET CHEFFES D’ENTREPRISES
Parmi les dirigeants d’entreprises :
- 20 % sont des femmes,
- 80 % sont des hommes.

Les dirigeants sont en moyenne plus âgés que les dirigeantes.
Les femmes représentent en 2013 39 % des 18-24 ans.
26 % des 25-34 ans.
21 % des 35-44 ans.
16 % des plus de 45 ans.

23 % des chefs d’entreprise artisanales ont plus de 55 ans, parmi eux 85 % sont des hommes

ARTISANES ET CONJOINT
Seuls 26,8 % des chefs d’entreprise déclarent que leur conjoint participe de manière régulière à l’activité de l’entreprise. Parmi eux, 70,7 % sont des hommes, 29,3 % sont des femmes.
Avec le statut de conjoint salarié dans 56,1 % des cas, de conjoint associé dans 15,8 % des cas et de conjoint collaborateur dans 10,5 % des cas.
LES ORGANISATEURS

L’ UPA : L’ UPA (Union professionnelle artisanale) représente les chefs d’entreprises de l’artisanat. Avec le Medef et la CGPME, cette l’organisation patronale constitue le groupe des partenaires sociaux. Fondée en 1975, elle défend les intérêts des 1 300 000 entreprises françaises de l’artisanat et du commerce de proximité et revendique un environnement économique, fiscal et social favorable à leur développement. 55 fédérations professionnelles nationales et 5 000 syndicats départementaux la composent. Ils sont regroupés au sein de trois confédérations de métiers : la Confédération Générale de l’Alimentation de Détail (la CGAD), la Confédération Nationale de l’Artisanat des Métiers et des Services (la CNAMS), et la Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (la CAPEB). En Alsace, l’UPA est représentée par la Confédération de l’Artisanat d’Alsace (CAA/UPA), depuis 1996. En 2011 et 2012, celle-ci a consacré trois enquêtes à l’emploi féminin dans l’artisanat, disponibles sur son site internet.
La commission des conjoints de l’UPA a été créée il y a plus de 20 ans. Avec le concours des Confédérations de l’UPA (CAPEB, CGAD, CNAMS), elle a largement contribué à ce que les conjoints soient reconnus et que leur statut soit le plus protecteur possible. Devenue Commission des conjoints et de la parité en 2010, elle s’engage pour une meilleure prise en compte de l’égalité femmes - hommes dans tous les domaines.
En tant que partenaire social, l’UPA contribue depuis plusieurs années, avec les autres organisations patronales et les syndicats de salariés, à définir les solutions pour atteindre l’égalité professionnelle tout en tenant compte des caractéristiques des entreprises de l’artisanat et du commerce de proximité.
L’UPA est ainsi signataire de l’accord national interprofessionnel du 1er mars 2004 relatif à la mixité et à l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes.

LA CFE-CGC ; La CFE-CGC (Confédération Française de l’Encadrement – Confédération Générale des Cadres) est l’un des cinq syndicats de salariés représentatifs en France et le seul syndical catégoriel. Créée en 1944, elle se veut le syndicat de la classe moyenne et sa particularité est de défendre les intérêts d’une seule catégorie de salariés, celle des cadres et de l’encadrement et de ceux qui sont appelés à l’être. Environ une moitié de ses quelque 140 000 adhérents est constituée par les cadres (ingénieurs et cadres, VRP), l’autre par les non-cadres (techniciens, agents de maîtrise…).
Présente à l’intérieur des entreprises, elle défend aussi les intérêts de ses membres à l’extérieur, dans les instances paritaires : logement, formation, retraite, Unedic, les organismes de Sécurité Sociale, Conseil des prud’hommes, conseillers du salarié…
Ce syndicat réformiste et indépendant de tout parti politique est, avec les autres partenaires sociaux, à l’origine de l’abattement de 20 % de l’impôt sur le revenu, comme à l’origine de nombreuses propositions, parmi lesquelles la création de l’APEC, de l’ORSE, et de l’AGIRC avec la mise en place des systèmes de retraite pour les cadres, et du système de pension de reversion. La CFE-CGC lutte également contre la précarisation du travail et les logiques purement financières. Avec son réseau Équilibre, elle s’engage aussi depuis 2004 pour réduire les inégalités hommesfemmes.
La promotion de l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, elle agit pour promouvoir une qualité de vie au travail et lutter contre le burn out.
Si à peine plus d’un tiers des cadres sont des femmes en France, la proportion est bien moindre dans l’artisanat. Par l’intermédiaire de ses syndicats et confédérations,la CFE-CGC est présente dans tous les secteurs de l’économie et dans les trois fonctions publiques, d’état, territoriale et hospitalière
Source : Dossier presse UPA -  CFE CGC - Terre d'Info