8 nov. 2013

A l'abordage de la Finance Solidaire, au Vaisseau !

Qui se souvient des "Dossiers de l'écran", l'émission d'Armand JAMMOT,  qui a fait le bonheur de la seconde chaîne de télévision de l'ORTF,  dans un premier temps, puis d'Antenne 2 ?
Ce concept de l'émission,  c'était un film suivi d'un débat, et de questions de téléspectateurs, via S.V.P.
Et durant la  soirée du 7 novembre dernier, au Vaisseau à Strasbourg,  à l'initiative de la MAIF et  à l'occasion de la Semaine de la Finance Solidaire  ; c'est ce concept des Dossiers de l'écran,  qui s'est rejoué...  
Avec un thème de société,  qui est celui de  l'économie qui nous entoure, et de ce que l'on fait de notre argent. Un thème de société, illustré par le film "Ma part du gâteau " de Cédric KLAPISCH, sorti en 2011.


MAIS LA FINANCE SOLIDAIRE, C'EST QUOI ?


Frédéric FOURRIER - Observatoire de la Finance Solidaire - Finansol :  "L'Epargne Solidaire, ce sont des produits d'épargne classique (un livret, une assurance vie, des actions non cotées, une Sicav...) et dont les sommes qui sont déposées dessus, vont être affectées au financement d'activités solidaires, d'activités à forte utilité sociale et environnementale. C'est-à-dire, des activités qui vont favoriser la création d'emplois, le relogement de personnes en difficulté , des activités écologiques et entrepreneuriales dans les pays en développement.
Au niveau de la finance solidaire, on a une double rentabilité : rentabilité financière dans un premier temps (ce sont des intérêts, des dividendes que l'on perçoit et éventuellement des avantages fiscaux qui sont liées à ce type de produit);  et enfin, une performance sociale. Et la performance sociale, c'est par exemple, pour prendre quelques chiffres : en dix ans, l'Epargne Solidaire a permis de créer 200 000 emplois en France et de reloger près de 40 000 personnes.

Marie NAVARRO - MAIF "A notre sociétaire en terme d'Epargne Solidaire, on propose le "Livret d'Epargne Autrement" et un Contrat d'assurance vie. Deux types de placement qui correspondent à des objectifs différents :
  • Le Livret qui est un placement à court terme,  qui offre souplesse et disponibilité, avec un rendement de 2,50% brut et un rendement sociétal. Et ce rendement sociétal, c'est pour nous et c'est une spécificité de la MAIF,  le nombre de livres édités,  à moindre coût et pour des enfants déficients visuels, puisqu'on est en partenariat avec l'association "Les Doigts qui rêvent". Cette association, ce sont des éditions d'albums et de livres tact-illustrés (éducatifs, scolaire, littérature, jeunesse et art) et des fabrications par un chantier d'insertion et par des partenaires de l'économie solidaire.
  • Un contrat d'assurance vie ARS (Assurance, Responsable Solidaire)qui investit sur des entreprises qui répondent à un certain nombre de critères (environnement, social et gouvernance)  et qui permettent d'être complètement en place, par rapport aux critère imposés par Finansol. "...
LE DÉBAT :

Ce Film "Ma part du gâteau " de Cédric KLAPISCH qui vient d'être projeté, nous amène à un certain nombre de questions  :
Finance = Spéculation ? 
Est-ce le cas dans notre société ?
etc...

TÉMOIGNAGES D'ACTEURS :

Jean-Baptiste SCHMIDER - Auto'trement - Réseau d'autopartage Citiz : "Auto'trement est partie d'une idée simple: nous nous sommes rendus compte que,  vivant et travaillant à Strasbourg, nous avions tous des voitures,  dont on ne se servait pratiquement jamais. Strasbourg, c'est la ville du vélo, donc on se servait avant tout du vélo. Quand on travaille à Strasbourg,  on n'a pas besoin d'une voiture tous les jours. Et on avait des voitures qui dormaient et passaient plus de 80% de leurs temps à dormir.  Ce n'était pas très rationnel comme système. Et il peut y avoir une utilisation plus rationnelle de la voiture,  qui soit plus respectueuse de l'environnement, de l'espace, qui soit moins coûteuse pour chacun et qui améliore la qualité de vie en ville. 
Donc le premier réflexe, c'est de ne pas en avoir. Comment alors,  se débarrasser de la voiture,  tout en conservant une possibilité de l'utiliser,  quand on sort de la ville ?  Autrement dit,  comment avoir une voiture,  juste qu'en j'en ai besoin ?
On a donc créé une association et acheté au départ,  3 voitures que l'on a mis en commun.
Comment cela marche ? 
Les gens sont abonnés au service et ils ont une carte à puces.  Ils réservent par téléphone, smart phone, sur internet, etc... Ils ouvrent la voiture avec la carte, tapent leur code, démarrent, font leurs courses et payent à la fin du mois,  l'utilisation du véhicule.
Aujourd'hui,  on a un réseau de 150 véhicules à Strasbourg et en Alsace,  qui sont  accessibles dans 80 points et 24H sur 24.
On peut dire qu'on appartient à l'économie sociale et solidaire, déjà par notre structure,  qui est une coopérative et essentiellement dans notre finalité, qui est avant tout environnementale."...

Philippe CLAUDET - Association Les Doigts qui rêvent : "Nous sommes une toute petite Maison d'éditions,  qui a la particularité de faire des livres tactiles, pour enfants déficients visuels. Ces livres sont réalisés avec des textures, des matières découpées et collées. Ce qui nécessite beaucoup de main d'oeuvre. Et notre particularité, c'est que les gens qui fabriquent  ces livres, sont dans un chantier d'insertion.
Ce sont des produits très complexes à réaliser, qui  sont de plus interactifs. Le coût de réalisation  d'un livre de ce type est  initialement de 145 euros. Ce qui est scandaleux, car il fallait aboutir à un prix de vente qui soit non discriminant. Et à l'heure actuelle,  on en est  un prix de vente de 60 euros, ce qui est encore relativement  cher. Donc il faut qu'on puisse trouver des modalités adaptées de financement, qui nous permettent encore de baisser ce prix." ...


Cette économie sociale et solidaire a-t-elle des besoins spécifiques en matière de financement ?
Jean-Louis MONTARGERON - Alsace Active - France Active : "Ce sont des entreprises, pas tout à fait comme les autres, mais pour autant,  des entreprises. C'est-à-dire quelles ont un projet qui est économique et pour ce faire, elles doivent investir. Elles doivent recueillir suffisamment de fonds,  pour  financer du stock, des crédits  de ses clients... Et elles ont un certain nombre d'atypismes,  pour autant, qui fait qu'elles ont des difficultés à trouver des financement classiques par  l'intermédiaire des banques. Ce sont pour la plupart, des associations, des entreprises très faiblement capitalisées. C'est une première caractéristique de ces entreprises. 
La deuxième, c'est que ce sont des modèles économiques,  un petit peu compliqués. Les recettes,  ce sont à la fois, des produits d'exploitation de la vente de leurs services, mais aussi des subventions, des dispositifs d'aides de l'Etat, parfois du Fond Européen. Et c'est un peu compliqué,  comme note de lecture,  pour un banquier.
Une troisième caractéristique, c'est peut-être,  que leur finalité est sociale et pas forcément faire des profits. Et que le banquier,  préfère prêter de l'argent à quelqu'un qui en gagne,  parce qu'ainsi,  vous maîtriser mieux le mécanisme de remboursement. Cela ne veut pas dire cependant, qu'elles ne font pas de profits, mais ce n'est pas leur finalité première.
Quatrième caractéristique, dans une association, le Président directeur ne se porte pas garant et n'offre pas une garantie personnelle au banquier,  comme on le demande classiquement à une entreprise.
Donc la finance solidaire permet de combler toutes ces faiblesses,  en apportant des prêts participatifs."...

Quels sont les liens entre la MAIF et l'association "Les doigts qui rêvent" ?
Marie NAVARRO - MAIF : "Déjà, c'est un partenariat qui existe depuis 2009. Donc les souscripteurs du Livret Epargne Autrement, bénéficient d'un taux reversé par la banque (ça c'est le rendement financier) et renoncent à une partie de leurs intérêts,  qui est reversée directement à l'association,  sous forme de dons." ... Ce qui est reversé à l'association,  représente 25% des intérêts. Avec,  pour le souscripteur,   2 avantages fiscaux (une réduction d'impôt à hauteur de 66% du don et le deuxième, sur cette partie des intérêts qui est versée, un taux de prélèvement libératoire de 5%)...

Solidarité rime toujours avec partage... ou pas ?
Frédéric  FOURRIER - Observatoire de la Finance Solidaire - Finansol :  " Non, Il y a toujours deux mécanismes : soit le cas du partage,  dans le cas du Livret de la MAIF,  où une partie des intérêts,  va être reversée à une association partenaire. Ou alors, c'est ce que l'on appelle de l'investissement solidaire.  C'est-à-dire,  que les sommes qui sont épargnées,  vont servir à faire des prêts à des entreprises solidaires, comme le fait Alsace Active." ... 

Quels financements apportez-vous et quel est vôtre rôle dans cet environnement de l'économie solidaire ?
Jean-Louis MONTARGERON - Alsace Active - France Active : "France Active pour  ses investisseurs solidaires,  se comporte un peu comme toute société de capital-risques. On a une démarche qui est un peu proche : on analyse bien sûr,  la capacité de remboursement de la structure, car ce sont des prêts. On a une responsabilité à ce niveau là,  parce qu'on le fait avec l'argent des épargnants. Donc il faut quand même garantir,  le retour. Et si la capacité de remboursement ou le  projet,  n'a pas un potentiel suffisant ;  il nous arrive de dire non, bien sûr...

Ce sont des prêts importants ? 
 Jean-Louis MONTARGERON - Alsace Active - France Active: " Un des derniers financements, et que l'on a fait pour une association locale,  qui s'apelle SIEL BLEU, c'était un prêt de 500 000 euros. Globalement,  cette année, on a financé 35 structures et on a investi environ 1 500 000 euros.  Ce qui fait une moyenne de 40 000 à 50 000 euros par projet.  Ce sont,  soit des créations, soit des projets de développement.... L'emploi est aussi un  facteur important du processus de décision : sur les 35 projets financés cette année, il y a 200 créations d'emplois. C'est un facteur important, qui prend également en compte, la nature des emplois créés, la destination de ces emplois ( des emplois réservés pour certains, à des publics en difficulté)."...

 Est-ce qu'en pratique, les gens à qui vous prêtez de l'argent vous remboursent ?
Jean-Louis MONTARGERON - Alsace Active - France Active : Il remboursent en général à 90%. C'est-à-dire, qu'on rencontre des problèmes, sur 10% des structures.  Et sur un volet qui représente 250 à 300 financements, sur les 8 dernières années, on à un coût global qui correspond à une perte de 6%...  çà bien sûr,  on l'avait prévu dès le départ.  Quand on fait du capital-risques,  avec l'argent de  ses épargnants, il faut prévoir un certain nombre de mécanismes de sécurité. On a monté notamment, des fonds de garantie régionaux,  dotés à la fois par la Caisse des Dépôts et par la Région Alsace et qui prennent en charge 30% de la casse... 25% , sont couverts par la société d'investissement des produits et enfin, 50%, sont des fonds de garantie de l'Etat. Donc les risques sont bien verrouillés." ...

Quelle est la tendance, la réceptivité des épargnants sur le thème de la finance solidaire ?
Marie NAVARRO - MAIF : "On a 7 000 détenteurs du Livret Epargne Autrement, 35 000 détenteurs de Contrats d'Assurance Vie  ARS."...

Quelle est la tendance au niveau national,  dans les chiffres que vous observez au sein de l'Observatoire de la Finance Solidaire ?
Frédéric  FOURRIER - Observatoire de la Finance Solidaire - Finansol : "Aujourd'hui la Finance Solidaire, en France,  cela représente un  peu moins de 5 milliard d'euros. Ce qui est intéressant, c'est qu'il y a cette année, un peu plus de 1 million de produits d'Epargne Solidaire,  qui on été souscrits en France." ...

Comment on distingue le Bon du Mauvais Solidaire ?
 Frédéric  FOURRIER - Observatoire de la Finance Solidaire - Finansol : "Pour cela il y  a un label, le Label Finansol,  qui est la seule garantie en France,  de la solidarité et de la transparence de l'Epargne. Pour voir,  sur quoi l'Epargne Solidaire est fléchée et surtout pour les épargnants, voir à quoi sert leur argent." ...

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