8 juil. 2013

L'Observatoire National de l'ESS dresse un premier bilan de l'emploi des jeunes dans l’ESS

L'Observatoire National de l'ESS dresse un premier bilan de la place et du poids des salariés de moins de 30 ans dans les structures de l'Economie Sociale et Solidaire en France. Secteurs d'activité, contrats de travail, types de poste... découvrez les conditions d'emploi des 435 490 jeunes de l'ESS. 
L'étude statistique à partir de données INSEE est complétée par une enquête en ligne menée auprès de plus de 1000 employeurs, visant à mieux comprendre leur stratégie de recrutement, et identifier des pistes d'amélioration. Certains sujets comme la formation, les Emplois d'Avenir, les possibilités de carrière offertes aux jeunes ont pu ainsi être approfondis.

Depuis plusieurs années, une réelle politique de sensibilisation à l’ESS à destination des jeunes est à  l’œuvre, tant au niveau national que dans les régions: forums pour l’emploi, programme national   Jeun’ESS, appels à projet… Elle vise à convaincre de l’intérêt et du potentiel de développement de ces métiers qui mêlent développement local, utilité sociale, et fonctionnement démocratique au sein de  structures aux statuts variés: associations, mutuelles, coopératives et fondations. Toutefois, si les  études sur l’emploi des jeunes en général (besoins de recrutement des entreprises, conditions  d’embauche…) ne manquent pas, une analyse appliquée aux spécificités de l’ESS reste à produire. 

Ce rapport sur l'emploi des jeunes dans l'ESS entend répondre à cet enjeu. Il fait suite à l’étude menée par le CNCRES et ses  partenaires en 2011 sur les départs à la retraite dans les structures de l’ESS(1) , qui a permis de mettre en  lumière plusieurs réalités: 
  • d’une part, une pyramide des âges dans les structures de l’ESS largement à la défaveur des  jeunes de moins de 30 ans : ils représentent en effet seulement 19% des effectifs salariés (2), 
  • d’autre part, plus de 600 000 départs à la retraite à anticiper d’ici 2020 et par conséquent un  besoin de renouvellement des équipes. 
  • Parallèlement à ce double constat, l’actualité politique et législative justifie d’autant plus l’intérêt de  l’étude avec le lancement des « Emplois d’Avenir » et des « Contrats de Génération » qui concernent  également les structures de l’ESS.

CE QUE L'ON PEUT EN RETENIR :

1. Synthèse et Mise en perspective
Plus de 435 000 jeunes travaillent dans une structure de l’ESS, en très grande majorité dans les  associations de l’Action Sociale, de la Banque et de l’assurance, de l’Enseignement. Ils représentent  aussi les forces vives de plusieurs secteurs comme les Sports et Loisirs et la Santé. Les conditions de  travail et d’emploi, bien que moins avantageuses en termes de rémunération, sont dans plusieurs  secteurs d’activité comparables au reste du privé et au public. 

Si globalement une stabilité de la place des jeunes salariés au sein des structures est envisagée, la  bonne dynamique de recrutement initiée ces dernières années notamment via les emplois aidés devrait  se poursuivre. Les employeurs ayant répondu à l’enquête en ligne se montrent donc plutôt optimistes  sur l’avenir. 

L’enquête souligne l’importance d’une première expérience dans l’ESS et de l’acquisition d’un savoir-être : dans le recrutement, les aptitudes relationnelles du jeune sont particulièrement regardées. Cela  est d’autant plus vrai pour des fonctions de gestion de projet ou de chargé de mission. A la différence  des métiers de l’animation ou du soin, dont les diplômes d’Etat (aide à domicile, infirmière, animateur…)  garantissent un socle minimum de compétences, il n’existe pas une unique formation délivrant une  qualification en gestion de projet. 

En ce sens, au-delà des savoir faire, une acculturation aux valeurs et pratiques de l’ESS est aussi  recherchée par les employeurs. Celle-ci peut être « mesurée » par les employeurs de différentes  manières : expérience bénévole, stage découverte ou longue durée, montage de projet étudiant… 

Quelle que soit la nature de l’expérience, il est important de la traduire en termes de compétences (1)
 De  fait, lors du recrutement d’un jeune salarié, les premiers éléments que les recruteurs prennent en  considération sont la motivation et les compétences. Pris séparément, ces critères de recrutement ne  distingue pas forcément l’ESS par rapport au reste de l’économie. Cependant, quand les employeurs  expliquent pourquoi ces critères sont importants, alors les contours de l’ESS se dessinent plus  clairement : autonomie sur un projet et capacité d’initiatives, gouvernance particulière des structures… 

Un autre élément qui se dégage à la fois de l’enquête en ligne et des entretiens est la formation. Bien  que peu souvent mise en avant par les structures de l’ESS dans leur recrutement (annonces etc.), elle  constitue un point fort pour de nombreuses mutuelles de santé et d’assurance et d’associations. Il  apparaît que la formation est tout à fait intégrée à la réflexion sur les RH et donne par conséquent un  caractère très évolutif à une carrière dans l’ESS : acquisition d’expérience, mais aussi de compétences  nouvelles. 
(1)  Exemple : organisation d’un concert « solidaire » dont les fonds seront reversés à une association = compétences en gestion de relations externes et partenariats, gestion d’un budget, communication  événementielle, travail d’équipe et coopération…

Bonne pratique : formation et ESS, une alliance gagnante ! 

Dans cette mutuelle de santé à dimension nationale, chaque nouveau salarié recruté suit un parcours  de formation très précis. A raison d’une semaine par mois durant une année complète, il participera à  des modules sur l’histoire de la Mutualité et de l’ESS, et des modules à dominante « technique » (vente,  commercial, relation client…) ou « sociale » (sécurité sociale, problématiques de santé…) selon le profil  du jeune salarié. La formation est assurée par la Mutualité Française, avec un encadrement et un suivi par la mutuelle : certains modules sont accessibles via une plateforme de e-formation tandis que  d’autres sont assurés en présentiel. La structure bourguignonne de cette mutuelle intervient également dans un BTS « Sanitaire et Social » sur le thème de l’ESS et de la Mutualité, ce qui lui permet, entre autre, d’accueillir chaque année un à deux stagiaires issus de cette formation. 

Il existe toutefois des structures qui objectivement proposent des avantages très intéressants, comme  celui cité plus haut, mais ont pourtant du mal à recruter des jeunes : c’est par exemple le cas d’un  certain nombre de structures du secteur Médico-social. Au-delà d’un désintérêt pour le métier, qui n’est  pas ressorti dans cette enquête et qui par ailleurs demeure délicat à mesurer, l’explication  est plutôt à trouver dans le contexte local : isolement de l’établissement, implantation historique en milieu rural qui ne correspond plus aux désirs des jeunes générations… 

Plus généralement, y a-t-il un facteur rural/urbain dans l’explication des difficultés rencontrées par les structures relativement les plus inquiètes par rapport à l’emploi des jeunes (questions 15 et 17) sont   plutôt situées en Zones Urbaines Sensibles (ZUS) et non en milieu rural. 
A ce sujet, l’étude révèle que si certains employeurs de l’ESS sont « inquiets» quant à l’avenir de leur  structure, ce n’est pas tant sur la question de l’emploi des jeunes que sur l’accès aux financements et  par conséquent la survie même de l’activité. 

Le lien entre l’emploi des jeunes et la vague de départs en retraite que vont connaître les structures de  l’ESS n’est pas automatique du fait de ces difficultés économiques, mais les besoins sont réels. Les  métiers de cadres et les postes de direction seront concernés, notamment dans des secteurs où les  jeunes salariés sont très minoritaires : cadre de la banque, de la formation, de l’audiovisuel... Toutefois,  comme le montre l’enquête en ligne, les mouvements sur ces métiers resteront assez limités dans les  trois à cinq ans à venir, et sont plutôt à attendre à partir de 2020. 

Par ailleurs, on note chez les employeurs de l’ESS une anticipation sur les Contrats de Génération. De nombreuses structures (comme les mutuelles par exemple) réalisent déjà un tel accompagnement lors  du recrutement d’un jeune : le dispositif viendra alors reconnaître ces pratiques tout en apportant une  aide financière complémentaire. 

Enfin, un regain d’activité est attendu pour une partie des structures de l’ESS, suite à la réforme des  temps scolaires : les associations vont être particulièrement concernées. Pour certaines villes, la  réforme s’appliquera dès la rentrée 2013, à défaut en 2014 : des recrutements sont donc à prévoir,  notamment dans les secteurs de l’Animation, du Sport et loisirs, des Arts et spectacles. Même si les  postes occupés par les jeunes sont souvent à temps partiel (autour de 15 à 20h par semaine) cela peut  être, comme nous l’avons vu précédemment, une porte d’entrée dans l’ESS.

2.  Les Préconisations 
Ces résultats sont plutôt encourageants et les dynamiques à venir pour les jeunes dans l’ESS  apparaissent positives. Mais comment les employeurs peuvent-ils concrétiser ces projections et attirer les jeunes vers leurs métiers ? 
A- Attractivité  : Pour les structures connaissant des difficultés à recruter des jeunes, il convient de se recentrer sur leurs  pratiques concrètes : que veut dire « secteur privé non-lucratif » ? Que veulent dire « réserves  impartageables »… ? Il s’agit là d’établir des ponts concrets et compréhensibles par tous entre des  statuts garants d’un fonctionnement démocratique et collectif d’une part, et des aspirations de la  jeunesse à plus de sens et d’équité d’autre part. C’est l’occasion également de resserrer le lien entre les  structures historiques de l’Economie Sociale (comme les mutuelles, les coopératives agricoles…) et les structures plus récentes de l’Economie Solidaire. 

Ce faisant, les points forts et avantages de travailler dans l’ESS apparaîtront plus clairement : de fait, il  est intéressant de pointer que l’on peut faire carrière dans l’ESS, mais une « autre » carrière. En effet,  comme évoqué précédemment, les entretiens menés lors de cette étude montrent que les jeunes  salariés de ces structures obtiennent plus facilement l’autonomie et la vision globale d’un projet. Les  rémunérations sont globalement inférieures au reste du secteur privé et du public, mais elles évoluent tout de même. Par ailleurs dans le cadre d’un premier emploi ou d’un deuxième emploi, ce qui est  souvent le cas pour les moins de 30 ans, la rémunération est un des critères de choix, mais il n’est pas  le seul : l’équilibre vie privée/vie  professionnelle (donc le temps de travail effectif, par exemple), l’éthique, le caractère collectif du management et des tâches comptent également dans la réflexion des jeunes. 
Enfin, les données présentées dans l’étude peuvent être reprises et utilisées par les employeurs : elles  permettront ainsi aux structures de se situer par rapport à l’emploi des jeunes, dans leur métier, leur  secteur d’activité et leurs pratiques. Une démarche de progrès est susceptible d’être engagée sur cette  base, et sur de nombreux aspects : conditions de travail, rémunération, évolution de carrière, formation,  accompagnement etc. 

B- Acculturation et fidélisation  : Nous avons souligné l’importance d’une acculturation à l’Economie Sociale et Solidaire : cela se fait par  une transmission des valeurs (solidarité, démocratie…) mais s’expérimente aussi par la pratique tout au  long du parcours de formation. C’est pourquoi un lien est à faire entre les structures de l’ESS et le  milieu de l’enseignement, notamment l’enseignement supérieur et professionnel. Cela peut prendre  différentes formes : intervention dans des formations (présentation d’un secteur, d’un modèle  d’entreprise…), proposition de stage, proposition d’un travail de groupe, contact avec le Bureau d’Aide à  l’Insertion Professionnelle (1), contact avec les réseaux de jeunes et projets en commun…  L’idée est de faire à travers ces actions de la pédagogie sur ce qu’est l’ESS, en particulier sur :  l’organisation du travail – coopération plutôt que concurrence –, les valeurs – enrichissement collectif plutôt qu’enrichissement individuel – etc. Ce travail au plus près des jeunes permet d’aller à l’encontre  des idées reçues qu’ils peuvent avoir, mais aussi d’identifier les structures de l’ESS comme mettant en  pratique les valeurs auxquelles les jeunes sont sensibles : par exemple, traduire des statuts juridiques  en fonctionnement concret auprès des jeunes va dans le sens d’une meilleure connaissance /  reconnaissance des spécificités de l’ESS, et cela bénéficiera in fine aux employeurs

(1) Obligatoire dans les Universités depuis 2007, ce bureau est notamment chargé de diffuser aux étudiants une offre de stages et d’emplois variée et en lien avec les formations proposées par l’université et d’assister les  étudiants dans leur recherche de stage et d’un premier emploi. Il conseille les étudiants sur leurs  problématiques liées à l’emploi et à l’insertion professionnelle.

C- Amélioration des pratiques de recrutement 
La mutualisation et la coopération sur un territoire entre structures qui ont les mêmes  problématiques est également une piste à explorer. Concurrence du secteur privé lucratif, difficulté à pérenniser des emplois, désintérêt des jeunes pour un métier ou un territoire…tous ces freins à l’emploi,  et notamment à l’emploi des jeunes, peuvent être levés par une meilleure entente des acteurs de l’ESS.
Ainsi des groupements d’employeurs permettent souvent de régler des problèmes d’ordre financier  (manque de moyen) tout en proposant au(x) salarié(s) de meilleures conditions de travail (poste à  temps plein). De même, regrouper plusieurs structures dans un même lieu, en adoptant un  fonctionnement et une image plus collectifs, peut aider à attirer des jeunes sur un territoire considéré  comme déserté (1)
Enfin, dans le recrutement, les relations avec les opérateurs de l’emploi sont primordiales : Pôle Emploi,  Maisons de l’Emploi, Missions Locales… Améliorer l’interconnaissance permettra aux employeurs de  l’ESS d’être mieux identifiés afin que les profils adaptés soient repérés et orientés (2)
Cela est d’autant  plus vrai lorsqu’il s’agit de dispositifs spécifiques, comme les Emplois d’Avenir, les Contrats de  Génération ou les Contrat d’Insertion, car les questions d’accompagnement à la formation y sont  essentielles, et les modalités parfois compliquées à mettre en œuvre
(1) C’est par exemple le cas des entrepreneurs de Faux la Montagne (Limousin) ; voir  http://www.defilenreseaux.org/
(2) Sur ce sujet, une étude-action de l’Usgeres devrait rendre des conclusions d’ici l’automne 2013. 

3. Vers un diagnostic complet ? 
Comme évoqué précédemment, cette étude présente quelques limites : la réflexion à partir de grands  secteurs d’activité n’est pas véritablement efficace et le nombre de réponses « Autre » rend l’analyse plus complexe ; il en est de même pour les fonctions et les types de postes. Ces constats sont  cependant valables pour d’autres études sur l’Economie Sociale et Solidaire : il y a donc une nécessité  d’ouvrir un chantier là-dessus. 
La réflexion par branche professionnelle est peut-être plus pertinente, elle mérite en tout cas d’être lancée. En dépit des différences de taille et de statuts entre structures d’une même branche, celles-ci se  retrouvent sur de nombreuses problématiques : pratique d’un métier, conjoncture économique et  sociale… offrant ainsi un cadre d’analyse cohérent.
Si le côté employeur a bien été exploré dans cette étude, le pendant « jeune » serait intéressant à  creuser : quelles sont les représentations de l’ESS qu’ont les jeunes ? Quelles sont leurs aspirations aujourd’hui ? Comment perçoivent-ils les employeurs de l’ESS, les métiers, les possibilités de carrière ? 
Confronter les deux approches permettrait d’identifier plus précisément des pistes de travail et des   leviers de développement de l’emploi.
Source : CNRES


En savoir plus 

A propos du Réeau des Observatoires de l'ESS
Le réseau des Observatoires de l’Economie Sociale et Solidaire est un dispositif de  mesure et d’observation de l’ESS en France et dans les régions, réseau d’expertise  mis en place par les CRESS et le CNCRES. Lieux de convergences et de mutualisation  des travaux sur l’ESS, les Observatoires de l’ESS s’appuient sur une méthodologie  homogène, scientifique et cohérente entre les territoires, afin d’assurer des services  d’étude, de veille, d’aide à la décision et de prospective tant pour les acteurs de  l’ESS que les pouvoirs publics. 
Les Observatoires de l’ESS réalisent des diagnostics et panoramas territoriaux, des  analyses comparatives et prospectives, des études thématiques et territoriales, des  notes de conjoncture, des enquêtes et baromètres. Ces travaux sont au service du  développement économique, du développement territorial, des emplois et de la  formation, et de la cohésion sociale. 
Pour ce faire, les Observatoires de l’ESS s’appuient sur des partenariats locaux avec  des organismes de recherche et chercheurs (laboratoires universitaires, Chaires…),  des observatoires existants (OREF…), des fournisseurs d’études et statistiques  (INSEE, URSSAF, MSA, Pôle emploi…), des réseaux d’acteurs (URSCOP, URIOPSS,  mutualité…), des collectivités locales ou territoriales (Régions, Départements, Pays,  Communautés urbaines…), et des acteurs publics (DIRRECTE, DRJSCS, ARACT,  Maisons de l’Emploi…). 
Les Observatoires de l’ESS constituent et animent des comités de pilotages dédiés  et s’appuient sur des Conseils scientifiques garants de la qualité des productions et  d’une réflexion critique et pluridisciplinaire, à la fois pour la définition d’indicateurs  spécifiques permettant de rendre compte du dynamisme atypique des  organisations et entreprises de l'ESS, mais aussi afin d’améliorer l’observation de  l’ESS et ainsi alimenter les réflexions prospectives et choix stratégiques des acteurs  et des pouvoirs publics. 
Source : CNRES