3 juil. 2012

Dans un contexte d'après Fukushima, une année 2011 plutôt satisfaisante pour l'Autorité de Sûreté Nucléaire Alsace Lorraine

Ce mardi 3 juillet 2012,  dans les locaux de l'ASN à Strasbourg, s'est déroulée devant la presse,  la présentation du Rapport 2011 de l'ASN ALSACE LORRAINE  sur le thème  de   l'état de la sûreté nucléaire et la radioprotection en 2011 dans les régions Alsace et Lorraine ainsi que les enjeux pour l'Autorité de Sûreté Nucléaire.  
Cette présentation était animée par  Marc HOELTZEL (Délégué territorial de l'ASNet Florien KRAFT (Chef de division de Strasbourg de l'ASN).

L’ASN porte une appréciation globale satisfaisante sur le niveau de sûreté et de radioprotection des installations de la région et sur les progrès réalisés. L’ASN considère que les exploitants sont conscients des principaux enjeux dans ces domaines et qu’ils cherchent à progresser.
L’action de contrôle de l’ASN les conduit à développer un ensemble d’actions visant à améliorer la sureté nucléaire et la radioprotection de leurs installations.

«2011 est marquée, comme vous le savez tous  par Fukushima qui a profondément bouleversé la réflexion en matière nucléaire pour l’ensemble des pays qui portent cette activité. C’est un accident majeur qui montre qu’un risque n’est jamais à exclure. Alors on dit communément qu’il y aura un avant et un après Fukushima, ce qui est vrai, mais ce n’est pas non plus une culture complète.
Cela ne veut pas dire qu’avant, il n’y avait pas de maîtrise du nucléaire… Avant on avait déjà une réflexion assez poussée en terme de barrières de sécurité, tant qu’en terme de dimensionnement, avec une exigence de transparence, de garantie, qui est toujours maintenue…. On avait des fondamentaux déjà forts avant.
Mais après Fukushima effectivement l’effort s’est porté sur les filets de sécurité supplémentaires qu’il était possible de mettre en œuvre pour renforcer le dispositif qui était déjà en place aujourd’hui,  soit par des actions complémentaires, mais également  sur l’aspect globalisation. La crise et  l’incident demandent  une gestion humaine de la crise, et là aussi on a des choses nouvelles qui apparaissent vis-à-vis des exploitants et qui vont être renforcées suite à l’accident de Fukushima. » …
Donc on repart avec un référentiel qui est  renforcé. C’est une constante en matière nucléaire d’avoir des retours d’expérience lors de crises majeures et l’ASN estime que le retour d’expérience approfondie,  pour l’accident de Fukushima, pourra prendre jusqu’à 10 ans, pour aller au bout de la démarche. »
« le retour de Fukushima a débouché sur la mise en place d’une démarche qu’on appelle évaluations complémentaires de sûreté, des « stress tests », et cela consistait à soumettre l’ensemble des installations nucléaires à ces « stress tests ».
Les ECS concernent l’ensemble des installations nucléaires et ont porté en priorité en 2011 sur les centrales nucléaires d’Areva et du CEA. Elles ont porté sur 5 thèmes principaux : les risques d’inondation, de séisme, de perte des alimentations électriques et de perte du refroidissement, la gestion opérationnelle des situations accidentelles
A l’issue des évaluations complémentaires de sûreté (ECS) l’ASN considère que les installations examinées présentent un niveau de sûreté suffisant pour qu’elle ne demande l’arrêt d’aucune d’entre elles. Elle considère également que la poursuite de leur exploitation nécessite d’augmenter dans les meilleurs délais au-delà des marges de sûreté dont elles disposent déjà, leur robustesse face à des situations extrêmes.
Elle a donc imposé aux exploitants un ensemble de dispositions nouvelles qui impliquent des travaux considérables et un investissement particulier en matière de facteurs sociaux, organisationnels et humains qui sont un élément essentiel de la sûreté." Marc HOELTZEL Délégué Territorial de l’ASN

Le post-Fukushima en Alsace-Lorraine :
Les centrales de Fessenheim et de Cattenom ont été concernées par les ECS, au même titre que toutes les autres centrales du parc nucléaire d’EDF.
Les conclusions générales prises dans le cadre des ECS s’appliquent donc également à ces sites.
En outre la division de Strasbourg a mené des inspections sur ces deux sites : respectivement du 2 au 5 août et du 27 au 30 septembre 2011. 6 inspecteurs de l’ASN Strasbourg accompagnés d’experts de l’IRSN et d’experts étrangers, ont inspecté les dispositions organisationnelles, humaines et techniques en place sur les sites de Cattenom et de Fessenheim pour faire face à des situations «  de type Fukushima ».  Les deux sites ont laissé une bonne impression aux inspecteurs, notamment en matière de préparation aux situations d’urgence. Les lettres de suite envoyées aux exploitants sont en ligne sur le site www.asn.fr


Les Appréciations portées par l’ASN sur la sûreté nucléaire et la radioprotection en Régions Alsace et Lorraine - 
" Le Bilan chiffré tout d’abord : 51 inspections  réalisées par l’ASN en 2011  dans le domaine de la sûreté nucléaire sur les sites de Cattenom et Fessenheim avec des sujets divers qui peuvent porter sur l’administration du site, sur la conduite sur les plans d’actions… Des inspections aussi sur le sujet des transports de matières nucléaires… Et puis de nombreuses inspections dans le secteur médical   et industriel. Ce qui représente environ 450 jours de présence sur le terrain avec nos 11 inspecteurs." Florien KRAFT

1. Les installations nucléaires 

1.1. La centrale nucléaire de Fessenheim : Un bilan satisfaisant, des améliorations notables en une année chargée.
L’ASN considère que les performances du site de Fessenheim en matière se sûreté nucléaire et de protection de l’environnement sont satisfaisantes. Au cours d’une année chargée en arrêts de réacteur, le site a amélioré l’état des installations, tout en prenant  en compte le retour d’expérience des années précédentes.
« Le Bilan, ce sont des progrès sur les sujets pointés l’an dernier, c’est-à-dire, la maintenance et le contrôle des prestataires.
Le site a globalement bien intégré le retour d’expérience des années passées, c’est-à-dire, que les écarts qui avaient été détectés ont étés  bien pris en compte.
De nets progrès restent néanmoins à faire en matière de radioprotection des travailleurs. Il y a des écarts qui ont été constatés, notamment en matière de franchissement de balisage. Notamment lors de l’arrêt du réacteur N° 2, où on avait des franchissements de ces barrières de la part d’intervenants. C’est le genre d’écart qu’on voit en radioprotection des travailleurs dans la centrale et que nous avons pointé. Nous avons une exigence vis-à-vis de l’exploitant pour s’améliorer sur ce point là »
« L’ASN a donné le 4 juillet 2011, un avis favorable à la poursuite de l’exploitation du réacteur N°1 de la centrale pour 10 années supplémentaires  avec un nombre important de réserves (40 prescriptions à respecter). Dont  les 2 principales :
-    Renforcer le radier du réacteur avant le 30 juin 2013, afin d’augmenter sa résistance au corium  (le combustible fondu) en cas d’accident grave avec percement de la cuve,
-    Installer avant le 31/12/2012 des dispositions de secours : une source froide supplémentaire pour le site qui sera mise en place d’ici la fin de l’année 2012. L’idée est d’avoir une source de substitution au grand canal d’Alsace si jamais on perdait cette source de refroidissement »   Florien KRAFT

"Autre activité forte en 2011, c’était la visite décennale du réacteur N° 2. Elle a commencé en avril 2011 et s’est terminée en mars 2012. C’est quoi une visite décennale ? Cela  représente 12 journées d’inspection on va voir les chantiers et on contrôle que l’exploitant a une bonne maîtrise de ces chantiers, en terme de sûreté, en terme de radioprotection, en terme de sécurité des intervenants également. Le contrôle de la  superstructure du circuit primaire également qui  est une chose qu’on fait qu’en visite décennale. Et puis des contrôles quotidiens également.
Aujourd’hui, le réacteur est redémarré, ce qui ne veut pas dire que l’ASN a pris position sur la poursuite de l’exploitation, mais simplement sur un cycle. Le réacteur a été redémarré et l’ASN a autorisé le redémarrage par cycle, jusqu’au prochain rechargement de combustible, C’est ce qui se fait après chaque arrêt. 
L'ASN prendra position sur le poursuite de l'exploitation du réacteur N° 2, début 2013." Florien KRAFT 

1.2. La centrale nucléaire de Cattenom : Un bilan satisfaisant confirmé par la mission de l’AIEA sur le site.
L’ASN considère que les performances du site de Cattenom en matière de sûreté nucléaire, de radioprotection et de protection de l’environnement sont satisfaisantes. Les inspections ont notamment montré une bonne préparation du site aux situations d’urgence.
L’AIEA, lors d’une mission effectuée à Cattenom en novembre 2011, a confirmé l’appréciation de l’ASN des performances du site.
En janvier 2012, l’ASN a classé au niveau 2 de l’échelle INES une non-conformité d’une tuyauterie des piscines des réacteurs 2 et 3 de la centrale de Cattenom.

2. Le nucléaire de proximité
« On a noté sur le nucléaire de proximité une augmentation importante des doses, notamment pour l’imagerie, mais on verra également qu’on constate notamment dan la région une bonne sensibilité des services sur le sujet de la radioprotection des patients dans l’imagerie » Florien KRAFT 
•    La scanographie : Une préoccupation croissante de l’ASN
En 2011, l’ASN a engagé un renforcement des contrôles des services d’imagerie médicale possédant un scanner. Ce type d’examen constitue une source significative d’exposition aux rayonnements ionisants de la population française. Trois services ont ainsi fait l’objet d’une inspection en Alsace-lorraine.
20 autorisations d’utilisation de scanner ont été délivrées. L’ASN constate que la radioprotection des patients est une préoccupation croissante de services d’imagerie médicale.
L'ASN constate que la radioprotection des patients est une préoccupation des services d'imagerie médicale. Il en ressort que, si la majorité des établissements contrôlés connaît la règlementation en vigueur et a lancé un travail pour y répondre, la moitié des établissements a mis en place une démarche d'optimisation et de suivi périodique des doses reçues par les patients en ayant recours à des personnes spécialisées en radiographie médicale.
    La radiographie industrielle : Un incident notable dans les Vosges en 2011
Du fait des risques importants présentés par cette technique, la radiographie industrielle est une priorité forte pour  l’ASN. Au cours des 13 inspections réalisées en 2011 dans la région, l’ASN a constaté des progrès.
Cependant, la vigilance sur cette activité doit être maintenue.
"Le 22 septembre l’ASN a été alertée d’un incident impliquant l’utilisation d’un appareil utilisé pour des contrôles radiographiques, survenu à Rambervillers (88), au cours d’un contrôle de soudure sur une tuyauterie. Cet évènement a été classé au niveau 2 de l’échelle INES, qui en comporte 7.
La chute d'une pièce métallique sur le flexible de l'appareil de gammagraphie a empêché le retour de la source radioactive à l'intérieur de l'appareil dans sa position de sécurité. l'ASN  a immédiatement envoyé sur place deux inspecteurs qui se sont assurés de la bonne mise en place de la surveillance du périmètre de sécurité et on veillé à la bonne information des riverains. L'analyse de l'incident a montré qu'une tentative de déblocage manuel de la source par l'opérateur a été réalisée dans des conditions contraires aux règle de radioprotection. Même si le niveau de dose reçu par l'opérateur ne se situe pas au-delà des limites règlementaires." Florien KRAFT
 
3. Autres actions de la division de Strasbourg dans le nucléaire de proximité 
Vaste opération de contrôle dans les Vosges
"L'ASN  a réalisé une vaste opération de contrôles de la radioprotection dans les Vosges du 6 au 8 juin 2011. Au total, 47 inspections, pour l'essentiel inopinées ont été réalisées par une équipe de 5 inspecteurs. Il en ressort que si, du côté industriel, la règlementation est quasiment respectée dans son intégralité, des actions sont à engager dans les autres secteurs , notamment dans les cabinets dentaires et dans une moindre mesure dans les cabinets vétérinaires, afin de retrouver une situation règlementaire conforme."
La gestion des sites et soles pollués 
"L'ASN a poursuivi en 2011 son action de contrôle des sites et sols pollués dont notamment la réalisation d'une inspection inopinée lors des travaux de dépollution d'un laboratoire de l'Université de Strasbourg contaminé à la suite du stockage d'une collection d'échantillons de minerais uranifères radioactifs."
Le suivi des organismes agréés 
"L'année 2011 a été marquée par une action importante dans le suivi des organismes en charge des contrôles externes de radioprotection. Ces organismes qui sont agréés par l'ASN, font l'objet de contrôles inopinés lors de la réalisation de leur prestation, d'audit au siège des organismes et de l'examen de leurs procédures dans le cadre de leur demande d'agrément. En 2011, l'ASN a mené 8 inspections sur les organismes agréés."

4.  Eléments complémentaires :
L'action internationale de la division de Strasbourg
"Dans le cadre des échanges bilatéraux avec ses homologues allemandes, luxembourgeoises, et suisses; la division de Strasbourg de l'ASN a participé a plus de 10 inspections croisées dans les centrales nucléaires et dans les établissements médicaux ou industriels, soit en se rendant à l'étranger, soit en accueillant des homologues étrangères lors d'inspections.
Dans le cadre des inspections ciblées à la suite de l'accident de  Fukushima, les inspecteurs de la division de Strasbourg ont été accompagnés à Cattenom par des observateurs luxembourgeois et allemands, et à Fessenheim par des observateurs suisses. 
Le division de Strasbourg a rencontré en 2011 les élus locaux allemands pour leur présenter l'avis de l'ASN sur la poursuite d'exploitation du réacteur 1 de la centrale de Fessenheim.
Enfin, la division de l'ASN de Strasbourg a accueilli pendant une semaine un stagiaire de l'autorité de sûreté roumaine en charge de la radio protection ainsi que 2 observateurs israéliens lors d'inspections dans le domaine médical."
Les actions d'information du public en 2011
"L'ASN  a tenu, en 2011, 2 conférences de presse portant sur l'état de la sûreté nucléaire et de la radioprotection à Strasbourg et à Metz.
Elle a également participé aux différentes réunions des Commissions Locales d'Information (CLI) de Fessenheim et de Cattenom/ Lors de ces réunions, l'ASN a notamment présenté son appréciation sur l'état de la sûrete des installations nucléaires concernées, et la maîtrise des activités autour des installations nucléaires de base. A ces occasions l'ASN a en outre présenté la démarche des évaluations complémentaires de sûreté qu'elle a demandées dans le cadre du premier retour d'expérience de l'accident de Fukushima.
L'ASN a également invité à plusieurs reprises les Commissions Locales d'Information à venir observer les inspections réalisées dans les installations d'EDF dans le cadre du premier retour d'expérience de l'accident de Fukushima.. Les nombreux observateurs des CLI ont pu ainsi avoir une vision plus précise des métiers de l'ASN et des relations entre l'exploitant et l'Autorité de sûreté lors des inspections sur le terrain."
 Source : Conférence de Presse ASN Strasbourg - Terre d'Info


EN SAVOIR PLUS :

 A propos de la division de Strasbourg de l'ASN
La division de Strasbourg contrôle la sûreté nucléaire et la radioprotection dans les six départements des régions Alsace et Lorraine.


Au 31 décembre 2011, les effectifs de la division de Strasbourg s’élèvent à seize personnes : un chef de division, deux adjoints, dix inspecteurs et trois agents administratifs, placés sous l’autorité d’un délégué territorial.

Les principales installations et activités contrôlées par la division de Strasbourg sont :
les centrales nucléaires EDF :
les quatre réacteurs de la centrale de Cattenom en Lorraine et les deux réacteurs de la centrale de Fessenheim en Alsace; 
le réacteur de recherche universitaire de Strasbourg (RUS) en Alsace en cours de démantèlement; 
le transport de matières radioactives; 
les installations médicales (médecine nucléaire, radiothérapie, radiologie médical et dentaire,…), industrielles et de recherche utilisant les rayonnements ionisants.

Les missions de la division de Strasbourg
 

La division de Strasbourg de l’ASN est chargée de la surveillance de ces installations par :
  •   l'instruction des dossiers d’autorisations et de déclarations transmis par les exploitants ; 
  •  des inspections régulières;
  • le suivi de la déclaration et du traitement par les exploitants des évènements significatifs;
  • le suivi des arrêts de réacteur : Les réacteurs sont arrêtés périodiquement pour procéder à leur rechargement en combustible et réaliser des opérations de maintenance. L’ASN se prononce sur le programme des travaux et en contrôle l’exécution. Le redémarrage du réacteur est soumis à son accord.
 La division de Strasbourg de l’ASN assure en outre l'inspection du travail sur les centrales de Fessenheim et de Cattenom et le contrôle des organismes agrées dans le domaine de la radioprotection.
Elle assure également les relations avec les autorités locales, notamment en cas d'accident et elle contribue à l'information du public, des élus, des associations et des médias sur les sujets qui la concerne.
Enfin la division de Strasbourg de l’ASN participe activement aux relations internationales que l’ASN entretient avec ses homologues étrangers. La division de Strasbourg participe ainsi à la commission franco-allemande pour les questions sur la sûreté nucléaire (DFK) composé d’une réunion plénière et de quatre groupes de travail, à la commission franco-luxembourgeoise et à la commission franco-suisse.
La sûreté nucléaire et la radioprotection en France en 2011
http://www.asn.fr/index.php/L-ASN-en-region/Division-de-Strasbourg
http://www.asn.fr/