2 oct. 2011

Entrepreneuriat social, social business : des nouveaux modèles pour réinventer l'entreprise ?

Retour sur l'Atelier "Entrepreneuriat social, social business : nouveaux modèles pour réinventer l'entreprise"  suivi  au Forum DD à Strasbourg le  29 septembre dernier.
L'objectif de cet atelier était de croiser les regards entre des entrepreneurs sociaux, des dirigeants d'entreprises et  une universitaire. 
C'est avant tout un état d'esprit qui anime ces différents intervenants qui proposeront des expériences très différenciées d'entrepreneuriat social, entre  innovation sociale et efficacité économique,  entre solidarité et initiative privée.
Intervenants : Jean-Daniel Muller, Co-fondateur et Directeur Général de Siel Bleu - Pierre Hoerter, Gérant du groupe Du champ à l'Assiette - Pia Imbs, Responsable de la chaire de développement durable de l'EMS - Eric Senet, Directeur Général de Flam's, Nooï et Wazawok - Sylvain Waserman, Directeur Général du groupe Gds, Président d'Enerest.
Animation : Cécile Dupré la Tour, Responsable des partenariats entreprises/associations à Alsace Active.

QUELQUES PROPOS ENTENDUS LORS DE CET ATELIER :
"Dans le modèle lui-même de Siel Bleu, c'était de se dire "on va créer  une structure 100% business qui va  nous permettre dans notre modèle économique, de nous rapporter des dividendes dans l'association. On a créé une SAS qui travaille dans le monde de l'entreprise pour améliorer la qualité de vie des employés au sein de l'entreprise, et là on travaille au prix du marché. 
C'est une SAS à actionnaire unique : l'actionnaire unique est l'association. 
Et tous les dividendes générés par cette SAS sont réinjectés dans l'association, ce qui nous permet aussi de maintenir des coûts d'intervention  de l'association, qui soient les plus bas possibles. 
Je crois qu'au sein  Siel Bleu on a pu à la fois répondre à un enjeu sociétal, avec l'activité physique adaptée en prévention et trouver  un modèle économique avec la SAS qui nous permette de faire rentrer des fonds. C'est un modèle qui commence à intéresser les entreprises privées." Jean-Daniel Muller,

"Nous étions quelques agriculteurs sur la région de Molsheim à nous poser des questions avec nos spécialités spécifiques (vigneron, boulonnier, micro-producteurs maraîchers). Nous nous sommes rendus compte que dans un rayon de 20km autour de Molsheim, il était possible de de créer des emplois...  Nous avons pris connaissance d'un Programme qui s'appelait Héraclès, qui visait à permettre à des personnes en situation de handicap, en CAT ou en Structure d'Insertion adaptée ;  de sortir vers ce que l'on appelle les milieux ordinaires de travail... 
En 1994 avec l'appui  au démarrage de financements européens, nous avons créé une association qui s'appelle La Main Verte. Une association parce que c'était notre façon d'envisager la gouvernance. Une gouvernance un peu particulière parce qu'elle est tripartite  : des donneurs d'ouvrage (agriculteurs), des parents d'enfants handicapés, des centres de formation qui sont rentrés dans notre staff d'administrateurs pour favoriser un parcours formant tout en répondant à des enjeux économiques importants.
Dans le début des années 2000,  nous avons ouvert un restaurant d'insertion : La Ferme du Château, car nous avons  aussi cherché à aller vers des métiers qui sont en lien avec l'agriculture, avec la consommation alimentaire, mais qui sont aussi des métiers à déficit d'image et qui connaissent un manque d'attractivité.
  Nous avons ainsi réfléchi à un concept de concurrence équitable et crée une SARL avec le même mode de gouvernance que l'association . 
Puis nous avons crée "A votre service" une SARL sur du service Traiteur et livraisons à domicile,  en essayant de jouer le plus possible les circuits courts avec si possible,  des agriculteurs BIO. 
Dernièrement Virtuose une structure de snacking et de restauration rapide  a vu le jour Strasbourg il y a quelques semaines.
Ce sont toujours des structures indépendantes, des structures qui sont fondées sur un même mode de gouvernance, un même mode décisionnaire." Pierre Hoerter

"Avec les 2 intervenants précédents nous avons beaucoup de points communs. 
Merci également de rappeler que l'entreprise c'est avant tout un lieu de création de valeur et  après avec cette valeur, on peut faire un certain nombre de choses, un certain nombre de choix au niveau micro-économique et au niveau macro-économique.... 
Après quand on dit accessible à tous, ce n'est pas une particularité de l'économie sociale et solidaire. Par exemple, vous avez des journaux gratuits avec un objectif, c'est qu'ils soient accessibles à tous, et c'est juste un problème de modèle. 
Dans l'Internet, quasiment tous les modèles ne sont pas payés par les utilisateurs, donc pour nos deux intervenants, c'est bien parce que vous avez trouvé un modèle économique, que vos entreprises marchent. Autrement dit, le même projet sans rentabilité, est un projet mort...
Après, il y a la question des excédents : vous vous dites," les excédents qu'est-ce qu'on en fait" ?
Avant de nous dire qu'est-ce qu'on fait des excédents, et c'est là où il y a une différence, on se dit "d'où vient l'argent" ? Il faut tenir compte d'où vient l'argent au moment où l'on parle des excédents. Il ne faut pas raisonner de la même façon dans le secteur privé,  si vous avec des actionnaires et que vous allez devoir rémunérer le capital. 
Et normalement dans l'Economie Sociale et Solidaire, cela devrait se développer beaucoup plus rapidement dans la mesure où les structures n'ont  pas à rémunérer les actionnaires...
 Eric Senet

 "Je pense qu'il y a une dimension qu'on ne trouve pas dans tous les modèles. On peut s'interroger sur son rôle sociétal et il y a une vocation qui n'est pas économique et qui doit néanmoins trouver son financement. Pour des bénévoles dans une association, la dimension sociétale, va être d'abord la vocation première même s'il faut faire des équilibres dans les budgets... Il y a un modèle économique qui doit s'interroger sur son rôle sociétal et puis il y a un modèle de vocation, de mission qui doit s'interroger sur la façon dont il arrive à survivre."
 "Je crois néanmoins qu'il y a une dimension partagée par tous : c'est que le service quel qu'il soit, le produit quel qu'il soit doit trouver sa solvabilité. Sur cette solvabilité, il faut arriver à réfléchir à sa traçabilité peut-être. Et la traçabilité de cette affaire là, dans des entreprises purement sociales ou purement capitalistiques, ne peut pas être la même parce que la vocation de chacune des structures n'est pas la même..." Pierre Hoerter

"Nous sommes  une entreprise un peu particulière parce que nous sommes une société d'économie mixte dont la ville de Strasbourg est actionnaire majoritaire de la maison mère du groupe. Mais nous avons une vocation économique et un modèle économique. 
En fait, en 2008 nous avons lancé des chantiers stratégiques sur le plan sociétal car le monde change et qu'il fallait s'adapter aux évolutions. 
Ce qui est intéressant, c'est quand les valeurs de l'entreprise ont une forte sensibilité au rôle de l'entreprise dans la société... Ce qui fait que l'on a créé 2 chantiers : un sur l'environnement et le rôle que l'entreprise peut jouer dans l'environnement et l'autre sur un plan sociétal. Une entreprise un peu différente comme la notre, quand elle se reconnait dans les valeurs et le rôle qu'elle peut jouer dans la société,   concrètement qu'est-ce qu'on peut en faire ?
Il en est ressorti plusieurs choses : je crois tout d"abord qu'il faut dire que ce ne peut pas être une démarche artificielle.  Au niveau des équipes, nous nous sommes rendus compte que cette sensation d'avoir un rôle à jouer, était vraiment présente dans l'entreprise. Et on a engagé une action sur la précarité énergétique notamment. 
Dans les 6 premiers mois de  cette année, on a 8 000 personnes qui sont venues nous voir pour des problèmes de paiement ; ils n'arrivent pas à  régler leurs factures. Il nous fallait trouver une solution pour accompagner cette problématique. Nous nous sommes  plutôt tournés vers la logique associative car on s'est dit que  seuls,  nous étions un peu démunis face à cette problématique. Le premier partenariat que l'on a  constitué, c'est avec Crésus, une association qui accompagne les personnes en situation de précarité dans le pilotage de leur budget, dans la gestion de leur budget. Et çà c'est un exemple de relai qui marche bien... 
Et je crois que c'est l'exemple de démarche où la réalité économique est là, dans les valeurs de l'entreprise il y a une sensibilité aux valeurs sociétales qu'elle doit jouer et pour le coup il y a des associations qui peuvent prendre le relai et travailler main dans la main avec nous... " Sylvain Waserman

Je voudrais d'abord dire  combien je suis admirative  devant l'engagement sociétal des entrepreneurs sociaux parce que je comprends qu'ils innovent constamment au service d'un besoin social qui est détecté, là où à mon sens, en général, l'Etat providence ne peut pas, ne veut pas, ne peut plus, n'a pas les moyens...
A l'Ecole de Management çà nous parait très utile de montrer qu'on peut entreprendre autrement,  avec cette volonté de répondre à des besoins sociaux, des problèmes sociaux non couverts...
Est-ce qu'il faut revoir le business model et comment peut-on le faire évoluer ?
Je voudrais signaler en amont que un des grands papes de la stratégie d'entreprise Michael Porter a fait un buzz en début d'année en signant un article faisant la démonstration de  ce que l'on gagne quand la valeur est partagée, que la valeur est sociale et économique. Elle est d'abord sociale et on gagne économiquement en ayant une préoccupation sociale. Dans ce nouveau concept, il y a l'idée de relocaliser, internaliser les coûts sociaux et environnementaux, travailler en clusters... 
Et là il ouvre une autre porte qui nous amène tout à fait dans les témoignages que nous avons entendus ce matin, c'est : comment les entreprises pourraient ou devraient lutter contre la précarité ou contre la pauvreté "... Pia Imbs

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