31 mai 2011

Les géants du Cac 40 ne tirent plus l'économie française

Dans son N° 32 de Mai 2011, La Revue Alternatives Economiques dans son dossier  «Actualité France», tire Les Géants du Cac 40 ne tirent plus l’économie.  

Ce que l’on peut en retenir : « 83 milliards d’euros de profit cumulés pour l’exercice 2010 : après avoir décroché pendant 2 ans, les résultats des géants du Cac 40 ont presque retrouvé leurs niveau d’avant-crise Des performances insolentes au regard de l’anémie qui frappe encore l’Hexagone… les champions français sont de moins en moins un moteur pour l’économie hexagonale.
«  Personne n’imaginait en l’an 2000 que dix ans plus tard, les grandes entreprises européennes réaliseraient le tiers de leurs chiffres d’affaires dans les pays émergents » relève Alain Galène, responsable de la recherche thématique à la Société Générale… En 2010, les 33 entreprises du Cac 40 étudiées par la SG ont ainsi réalisé en moyenne, un peu moins de la moitié de leur CA (49%) en Europe contre 31% dans les pays émergents. Les groupes les plus internationalisés sont les industriels… qui vont chercher… en Chine, au brésil et dans les pays de l’Est, des débouchés commerciaux en croissance… et ils font aussi migrer leur appareil productif pour s’adapter à la nouvelle division internationale du travail…
Dans les services, en revanche, le mouvement est moins spectaculaire… Les mastodontes des services collectifs, comme Véolia ou Suez Environnement, peinent à exporter le modèle très français de la concession de service public…
Et quand des géants du service prennent pied en dehors des pays riches, c’est souvent pour y chercher une main-d’œuvre bon marché.
Malgré ces différences sectorielles, l’Hexagone est « l’un des rares pays occidentaux à disposer d’un nombre substantiel d’entreprises capables de se battre sur presque tous les marchés mondiaux » remarque Laurent Faibis, Président de l’Institut de prévisions économiques Xerfi..
Mais la mondialisation réussie de ces champions a son revers … le basculement de leur centre de gravité est potentiellement lourd de conséquences… Pour Renault, par exemple, le déplacement des grands foyers de consommation vers l’Asie et le positionnement des constructeurs de véhicules d’entrée de gamme condamnent en effet largement le « made in France » dans ce secteur.
Par ailleurs, l’économie française ne bénéficie guère des profits records de ses fleurons : en 2009, 42% du capital des entreprises du Cac 40 était aux mains d’investisseurs non résidents.
« Depuis 15 ans, ces groupes sont dans une logique de rentabilité à court terme et mettent en concurrence leurs sous-traitants français avec leurs sous-traitants dans le reste du monde… le fossé se creuse entre les entreprises mondialisées, qui vont chercher la croissance là où elle est, et les PME, confinées dans une zone à faible croissance et des relations de sous-traitance avec un donneur d’ordre en situation d’abus de position dominante » déclare l’économiste Jean Levet
En 30 ans, le paysage des très grandes entreprises françaises n’a que très peu varié et nombres d’entre elles affichent un profil de rentier (commande publique, grands programmes technologiques impulsés par l’Etat)…
Aucun Google, Apple ou Cisco n’a vu le jour en France… Le renouvellement du tissu industriel s’opère plutôt par l’absorption de start-up innovantes par les grands groupes…
Le problème, c’est que les bastions traditionnels de l’industrie française vieillissent sans que la relève ne pointe son nez… Le modèle des champions à la française donne donc des signes de faiblesse…
« Ce serait suicidaire d’abandonner le soutien aux champions déclare Elie Cohen, économiste… On cherche à développer un « Mittelstand à la française », c’est-à-dire un tissu d’entreprises de taille intermédiaire exportatrices et innovantes comme l’Allemagne… sans succès… difficile d’importer de toutes pièces un modèle de développement »
Pour le meilleur et pour le pire, la santé économique de l’Hexagone dépendra encore, dans les années à venir, du destin de ces grandes entreprises… » Source  Alternatives Economiques